Interview de Guillaume Paoletti réalisée dans le cadre du concert donné le 24 novembre 2009 à Paris au théâtre des Champs-Elysées avec l'Ensemble Orchestral de Paris sous la direction de John Nelson, dans le concerto pour violoncelle et orchestre de Sir Edward Elgar
J’ai eu la chance et le privilège de côtoyer des personnalités musicales extraordinaires, tant sur le plan artistique qu’humain. Chaque être humain « voyage » dans le temps et l’espace avec sa sphère gravitationnelle, un peu comme le soleil et ses planètes.
Les rencontres avec Yo-Yo Ma, Isaac Stern, János Starker, Menahem Pressler, Walter Levin et tant d’autres, m’accompagnent tous les jours sur ce long chemin artistique, et je pense à Glenn Gould qui disait : « L’objectif de l’art n’est pas seulement le déclenchement d’une sécrétion momentanée d’adrénaline, mais la construction progressive, sur la durée d’une vie entière, d’un état d’émerveillement et de sérénité. »
Dans cette proximité artistique, je n’oublie pas l’Ensemble Orchestral de Paris avec qui, depuis près de douze ans, je vis des moments intenses. Et je n’oublie pas également tous mes étudiants dont je souhaite stimuler la curiosité, encourager l’ouverture d’esprit, l’enthousiasme, la volonté de réfléchir et de travailler dur.
Ce soir, je vais vous jouer le Concerto d’Elgar. J’aime cette œuvre depuis mon adolescence au Conservatoire de Paris et je ne m’en lasse pas. Je pense d’ailleurs que la beauté, on ne s’y fait pas et c’est bien ça qui nous sauve.
L’objectif de mon interprétation est la réalisation la plus claire du sens musical de cette œuvre. Walter Levin, premier violon fondateur du quatuor Lasalle et éminent pédagogue, pensait, à juste titre, que « l’ensemble des capacités du musicien doit être au service du compositeur et de son œuvre. »
Au sein de cette rigueur d’interprétation, il me reste une grande part de liberté ; liberté de faire des choix responsables et, surtout, de transmettre le résultat de mon interprétation avec un engagement passionné.
Parmi des dizaines d’interprétation récentes ou plus anciennes dont je me suis nourri, je vais donc vous livrer une interprétation qui n’a de valeur intrinsèque que parce que, comme disait Jean-Paul Sartre à la fin des Mots : « Je suis un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »
Ce soir est un partage de sensation et d’émotions avec chacun d’entre vous. Mon père, décédé il y a quinze ans, aimait me dire qu’au XXIème siècle, il pensait que les artistes seraient les vecteurs de la transcendance. Il n’avait sans doute pas tort.
Quoi qu’il en soit, je considère ce moment partagé comme un échange, une transmission, un don. Et nous en venons là, à l’essentiel, car comme le dit le proverbe indien : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. ».
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